En marge 12-17 dans Le Devoir

Dans Le Devoir du 5 octobre 2009, un article fort complet sur le travail réalisé par l'Auberge du coeur En marge 12-17 qui accueille des jeunes âgés de 12 à 17 ans, surtout des fugueurs.

Félicitations à la journaliste Louise-Maude Rioux Soucy et à toute l’équipe d’En marge 12-17! 

Accédez au texte intégral de l'article sur le site du Devoir.

PLUS QUE LE GÎTE ET LE COUVERT
Louise-Maude Rioux Soucy
Le Devoir, 5 octobre 2009

L'auberge du coeur En Marge 12-17 offre un port d'attache aux jeunes fugueurs.

Les jeunes recrutés par les gangs de rue échappent trop souvent à la vigilance des refuges pour jeunes tels que l'auberge du cœur En Marge 12-17.

Photo: Jacques Nadeau

À Montréal, des centaines de jeunes ont un pied sur le trottoir, l'autre dans la rue. Quand le quotidien devient trop lourd, ils sont nombreux à trouver refuge à l'auberge du coeur En Marge 12-17 dont les lits sont toujours pleins à craquer. Là-bas, ils reçoivent plus qu'un gîte et un couvert. Ils trouvent aussi un ancrage solide pour faire le point et parfois même rompre avec la rue et ses excès.

Gabriel a seize ans et un choix cornélien à faire. Chassé du domicile familial, hébergé brièvement par sa soeur, puis chassé de nouveau, il a fait quelques séjours dans des centres d'aide avant d'atterrir chez En Marge 12-17. Là-bas, il souffle enfin un peu. Mais il sait que son séjour aura bientôt un terme et qu'il devra alors choisir entre le centre jeunesse ou un saut hâtif dans l'univers des adultes, avec ses libertés attirantes et son inévitable lot de tracas quotidiens.

Maude, elle, a pris sa décision. À 17 ans, elle pense être prête à faire le grand saut. Mise à la porte par sa mère, en février dernier, la jeune femme a échoué dans un centre d'aide de Longueuil avant de s'essayer à la colocation. Sans succès. «Je n'ai pas eu à faire de la rue, mais ça aurait pu arriver n'importe quand.» En s'installant dans une des petites chambres d'En Marge, elle a pu s'organiser une nouvelle vie. «Je travaille dans le cinéma. C'est un super défi», raconte la jeune femme au regard allumé. «Je me suis même peut-être trouvé un appart...»

Pour Gabriel, la réflexion se poursuit. «Il va falloir que je me décide, et vite, parce que si je pars en appart', il va me falloir une job», explique le jeune homme aux yeux bleu clair qui se débrouille à merveille en informatique. Chez En Marge, sa décision ne sera pas contestée. Au contraire, tout sera fait pour l'outiller le mieux possible, promet Anne Charpentier, travailleuse de rue à la -- trop! -- petite maison du coeur.

La seule auberge à accueillir que des mineurs à Montréal souffre en effet d'un sous-financement chronique. «On a des projets plein la tête, mais on est toujours en train de se battre pour le financement de base», raconte sa directrice générale, Manon Harvey. D'autant que pour ne pas faire de l'auberge une coquille vide, il faut un personnel spécialisé solide et disponible 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Des perles qu'En Marge a du mal «à payer décemment».

Une nouvelle clientèle

Cette année, pas moins de 688 jeunes ont trouvé refuge chez En Marge. Certains étaient en fugue, d'autres non, mais tous y sont allés de leur plein gré. Là-bas, la direction voit défiler autant de profils de jeunes qu'il y a de crises à désamorcer. Finie en effet l'époque où les jeunes de la rue s'affichaient ouvertement comme le faisaient les punks. «Aujourd'hui, ils portent des marques comme les autres et se fondent dans la masse», raconte Anne Charpentier.

Une nouvelle clientèle est aussi en train de se former avec l'immigration. «On a à gérer des situations de plus en plus complexes, confirme Mme Charpentier. On s'est récemment retrouvés avec un jeune Ukrainien sans papiers, sans attaches, sans famille.» Sans oublier tous ceux qui passent à travers les mailles du filet, au premier chef, les jeunes recrutés par les gangs de rue. «Ces jeunes-là, on ne les voit même pas tellement leur recrutement est rapide», déplore la travailleuse sociale.

Dans le sillage de tous ces jeunes en crise, 133 parents et 177 intervenants ont franchi le seuil de l'auberge l'an dernier dans l'espoir de trouver les mots qui sauront apaiser les crises. Car En Marge 12-17 est aussi un trait d'union entre le monde et ceux qui en sont exclus, que ce soit volontairement ou non. «La meilleure façon de réduire les allers-retours à la rue, c'est de mettre des mots sur la crise», explique la directrice générale de l'auberge.

Et quand les mots ne suffisent plus, les gestes prennent le relais. L'auberge peut accueillir sept pensionnaires, deux en dépannage pour la nuit et cinq autres pour de courts séjours de 30 à 60 jours. Ceux-là en profitent pour reprendre pied et faire le point. «À ces jeunes-là, on offre le cadeau de la responsabilisation, explique la directrice générale. Ce sont eux qui font les menus, préparent les repas, font l'épicerie. Et ce sont à eux de rendre des comptes s'ils ne font pas ce qu'ils doivent faire. C'est pour nous un excellent levier d'intervention.»

Un toit plus durable...

Mais pour plusieurs, ce séjour est trop court pour tirer un trait sur une vie de bohème qui a aussi ses instants grisants. À ceux-là, l'auberge aimerait offrir un toit plus durable. Si tout se passe bien, cela pourrait devenir une réalité dès l'an prochain. En Marge s'est en effet trouvé un toit plus grand tout près, dans l'ancien presbytère de la paroisse de Sainte-Brigide-de-Kildare.

Là-bas, l'équipe pourra ajouter cinq places de longue durée pour des séjours pouvant s'étirer jusqu'à deux ans. «C'est une formule géniale pour les jeunes qui ne veulent pas trop d'encadrement, mais qui sont sans ressources et ont besoin d'être épaulés», croit Mme Harvey. Qui plus est, En Marge sera chez elle et non plus simple locataire grâce à une entente scellée avec la Ville de Montréal. Ne restera plus qu'à meubler le tout, le financement de l'achat de l'immeuble étant en fait déjà ficelé. Sa directrice générale estime qu'il faudra 50 000 $ pour compléter l'immobilisation et appelle le public à participer.

Accéder au site d'En marge 12-17.